|
Ce phénomène frappe durement le visiteur
étranger dès qu'il met le pied au Sénégal. Les mendiants
sont innombrables, de tous sexes et de tous âges. Des
vieux lépreux aux pauvres enfants exploités par les
marabouts sans foi ni loi, la communauté est sans cesse
sollicitée par de pauvres gens sans ressources. Quand
on connait la pauvreté du pays et de ses habitants,
on peut aisément comprendre l'extrême dénuement de cette
frange miséreuse de la population. Plusieurs éléments
peuvent expliquer ce nombre de mendiants qui croit de
façon exponentielle.
Les handicapés :
A l'instar de l'ensemble des pays sous-développés
(peut-on qualifier les pays africains de "en voie
de développement" quand on voit la manière chronique
dans laquelle ils s'installent dans la pauvreté ?) le
Sénégal n'a pas de loi, ni évidemment de financement
pour protéger les handicapés. Des miséreux dont les
membres sont rongés par la lèpre jusqu'aux aveugles
et aux martyrs de la poliomyélite, le spectacle est
hélas omniprésent et quotidien. Si aujourd'hui, la polio
et la lèpre sont totalement vaincues au Sénégal,
les pauvres gens qui ont contracté la maladie
il y a des années sont forcés, pour avoir un
revenu et ne pas dépendre d'une famille parfois très
pauvre, de mendier dans la rue. Le travail étant une
denrée rare pour les valides, les handicapés ont hélas
très rarement l'occasion de trouver un emploi. Quelques
ONG oeuvrent dans ce sens en proposant à ces invalides
des travaux de confection dans des ateliers de réintégration.
Mais c'est rare. La solidarité de la communauté doit
donc permettre aux plus courageux d'avoir un petit revenu
de subsistance. Dans la rue ou aux arrêts de cars rapides,
le Sénégalais est donc sollicité. L'aumône étant un
des cinq piliers de l'islam, les Sénégalais donnent
donc assez souvent une pièce de 5, 10 ou 25CFA à ces
handicapés. Le plus triste vient du fait qu'il n'est
pas rare, notamment pour les aveugles, de voir les invalides
accompagnés d'un gosse qui leur sert de guide au lieu
d'aller à l'école... le cercle vicieux de la misère.
Il est à noter qu'ici encore, la mendicité des handicapés
est très différentes suivant les communautés ethniques.
Vous verrez ainsi rarement un Casamançais (qu'il soit
diola, balante, manjak ou mankagne) mendier dans la
rue, et ce à la fois pour des raisons de fierté que
de religion et de tradition.
Les femmes :
Si la condition féminine au Sénégal est
enviable au regard de celle constatée dans d'autres
pays d'Afrique musulmane comme le Mali, le Niger, le
Nigeria, etc... les femmes veuves ou divorcées, les
mères sans mari, sont très souvent véritablement
mises au banc de la société. Encore une fois, les aides
de l'état sont nulles pour ces personnes particulièrement
nécessiteuses et seules quelques associations prennent
le relai de la mendicité pour les sortir de cette
situation. La solidarité nationale n'a pas les moyens...
Alors qu'un petit capital de 100€ suffirait à créer
un petit commerce dans le secteur informel, ces femmes
sont réduites à la mendicité si leur âge et leur condition
physique ne les poussent pas à la prostitution. Il est
quasiment impossible à une mère de famille célibataire
de s'en sortir seule au Sénégal et avoir un enfant hors
mariage conduit parfois les familles rurales, pour ne
pas voir la honte tomber sur elles, à expédier
la coupable loin du village et donc souvent à
Dakar. La mendicité reste donc un des seuls recours
et les villes sont pleines de ces femmes mendiantes
souvent condamnées à vie à ce statut.
Les talibés
:
Véritable fléau national, le scandale des talibés a ému la
communauté internationale depuis des années (voir
aussi la page " religion").
Les talibés sont des gosses issus la plupart du
temps de familles musulmanes miséreuses et placés
par les parents chez un petit marabout escroc
qui en échange de leur pseudo instruction au Coran,
du couvert et du logis sont censés recueillir
l'aumône dans la rue quelques heures par semaine.
La réalité est toute autre. Certains marabouts
accueillent plusieurs dizaines de gosses parfois
d'à peine 4 ou 5 ans, les maltraitent, ne les
soignent pas, les nourrissent au lance-pierre
et les font mendier 7 jours sur 7, durant toute
la journée, voir même la nuit. Le résultat est
éloquent : les milliers d'enfants en haillons,
mal nourris, sales, pied-nus, souvent malades
qui courent les rues à la recherche des quelques
CFA qui leur permettront de ne pas se faire cogner
par leur tortionnaire en arrivant "à la maison".
Combien sont-ils ? Les ONG évaluent leur nombre
à plus de 150 000 à travers le pays. Ces pauvres
enfants fournissent évidemment dès l'adolescence
l'essentiel de la criminalité du pays. Comment
en serait-il autrement quand arrivés à 15 ans,
ils n'ont appris aucun métier, ne savent ni lire
ni écrire (pas même l'arabe d'ailleurs...)
et ont rompu les liens qui les unissaient à leur
famille ? Ce scandale typiquement sénégalais poussent
des centaines de milliers de gosses à une misère
certaine et le pays à devenir un coupe-gorge à
brève échéance. Encore une fois, il est important
de souligner le caractère forcément religieux
du problème des talibés ainsi que son caractère
régional, n'en déplaise aux bien-pensants et aux
politiquement corrects : les communautés casamançaises
n'envoient que très rarement leurs enfants à cette
petite mort, qu'ils soient musulmans ou non. Les
quelques rares talibés de Ziguinchor sont d'ailleurs
issus de familles du Nord du Sénégal. Il en est
de même pour les musulmans orthodoxes du pays,
principalement les Peulhs. Le problème des talibés
est donc principalement un problème confrérique,
d'autres pays musulmans de la sous-région,
autrement moins bien lotis économiquement,
ne connaissent pas ce phénomène
de mendicité enfantine comme le connaît
le Sénégal. Photo
: un petit talibé (photo de P. Clément) |
|
Voir
des dizaines de photos sur le thème des talibés
au Sénégal
&
Badou le Talibé : de A. Racine Senghor

& Contes et
mythes wolof, du tieddo au talibé : de L.
Kesteloot et B. Dieng 
& Du Kouttab
à la Sorbonne - Itinéraire d'un talibé
: de Yacouba Diarra. Transcendant les oppositions entre
les systèmes d'éducation occidentale et
orientale en Afrique, Du Kouttab à la Sorbonne
retrace la quête de savoir d'un élève
coranique. Cette quête commence au "Pays
des Hommes Intègres", au Sahel, se poursuit
dans le désert en Orient pour finalement se terminer
en Occident au bord de la Seine sur le constat suivant
: "Le savoir est une source inépuisable
qui, depuis la nuit des temps, arrose un monde complexe
où vérité et mensonge se chevauchent,
mythes et réalités se superposent et où
chaque interrogation et chaque réponse en appellent
d'autres". Et malgré cette complexité,
dit-on, en Afrique, "un enfant qui a visité
cent villes en sait autant sur ce monde qu'un vieillard
de cent ans". 
Un bon site résumant parfaitement la
situation catastrophique des talibés
et l'origine maraboutique du phénomène.

L'attitude à avoir :
Beaucoup de non musulmans se posent la
question de savoir si il faut donner ou pas. Sachez
tout d'abord qu'on ne vous demande pas l'aumône parce
que vous êtes ou non étranger, blanc, noir ou
jaune. Les Sénégalais sont aussi sollicités que l'étranger
même s'il est vrai qu'on espèrera d'un Européen
un peu plus que d'un Sénégalais. Je pense personnellement
que devant la déroute d'un système national envers ses
indigents, il est utile de participer à l'effort social.
Ainsi, alors qu'on peut désapprouver les "dons"
gratuits envers les
pseudo guides, les attrapes-touristes, les "coté-men"
et autres colle-baskets, je vous conseille de donner
de temps en temps une piécette à ceux qui vous demandent
l'aumône. Évidemment, l'erreur est de donner un billet
puisque cela fait de vous une vache à lait. Un pièce,
quelle qu'elle soit suffira de toutes les manières.
Quand il s'agit de talibés qui sont souvent en groupe,
donner 100CFA à l'un en lui faisant comprendre qu'il
devra partager avec ses copains d'infortune est une
solution anti-bagarre. Ils partageront toujours car
ces pauvres gosses sont encore d'une gentillesse et
d'une solidarité à toute épreuve. Je vous conseille
si vous en avez le temps ou l'occasion, notamment dans
les gares routières, de préférer leur donner un "travail"
d'une minute du genre "va m'acheter une canette
de Coca ou un paquet de mouchoirs" et le payer
pour ce service plutôt que de donner de l'argent comme
ça. Il en est de même avec mon pote lépreux qui mendie
depuis des années en face du restau Ali Baba sur l'avenue
Pompidou est qui est mon indic' depuis longtemps quand
je veux savoir ce qui se trame à Dakar ou si quelqu'un
que je connais est passé récemment devant son arbre
!
Vous verrez en outre très souvent dans les boîtes de
conserve des mendiants des morceaux de sucre et du riz.
Il s'agit de pénitence encore une fois recommandée par
la religion musulmane et qui recommande au croyant de
donner aux plus démunis des aliments en réparation d'éventuels
pêchers. C'est souvent le marabout qui fixe le
montant de l'offrande.
| Vos contributions et commentaires sur le
contenu de cette page |
 |
Bonjour,
Juste une petite précision à propos des talibés. Il ne s'agit pas là d'une exclusivité Sénégalaise. On en retrouve dans d'autres pays d'Afrique de l'Ouest, et notamment au Burkina Faso, où le fonctionnement est le même.
Il est urgent que l'état prenne ses responsabilités et condamne ces "marabouts".
|
je partage parfaitement l'idée que la mendicité est devenue une législation dans les pays pauvres.il ya aussi une forme de mendicité plus modernisée si je peux me le permettre est celle des gens bien portants ,des belles femmes ou filles qui passent de bureaux en bureaux dire bonjour aux autorités , aux chefs etc . Je pense ce cela est une des causes de détournement des déniers publics ;aussi dans les administrations les nombreuses sollicitations des personnes physiques ou morales (les associations de circonstances pour la réalisation d'actitivités ponctuelles ) comment s'y prendre? |
|