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28.09.2004
Casamance : Sécurité, mythes et réalité

L'Abbé Augustin Diamacoune SenghorLa Casamance, c’est dangereux ! Voilà ce qu’on vous dira dés votre arrivée à l’aéroport de Dakar ! C’est aussi en gros ce que l’on peut lire depuis plusieurs années sur les sites des ministères des affaires étrangères occidentaux. Qu’en est-il réellement? Contrairement à certains hôteliers locaux qui prennent le parti de ne pas en parler et à certains livres-guides qui n’osent plus y mettre les pieds (s’économisant ainsi par la même un peu de boulot), Senegalaisement.com vous informe ! Et les chiffres sont éloquents : en vingt ans de revendication indépendantiste en Casamance, pas un seul touriste n’a été sciemment attaqué dans cette région sud du pays !!! Oui, certes, quelques barreurs de routes ont à quelques reprises ces dix dernières années vidé les poches de quelques occidentaux se passage. Mais qu’est ce finalement comparé aux rues de Dakar... ou au métro Chatelet-les-Halles à Paris !
Bref, si les morts sont innombrables (plusieurs milliers depuis 1981) de part et d’autre, jamais un occidental n’a été directement aggressé. Personne n’étant à l’abri d’une balle perdue, il est arrivé, notamment début 2002, qu’une personne se retrouve avec du plomb dans l’aile (sans savoir d’ailleurs qui des indépendantistes ou de l’armée sénégalaise a tiré). Bref, la Casamance, dans l’état actuel des choses n’est absolument pas hostile au tourisme et n’a jamais d’ailleurs été aussi accueillante.
Photo en haut à droite : l’abbé Augustin Diamacoune Senghor, leader du Mouvement des Forces Démocratiques de Casamance (MFDC). Ce religieux originaire de Singalène (Oussouye) a maintes fois été emprisonné dans les prisons sénégalaises.

Pourquoi donc aujourd’hui, cette réputation d’insécurité chronique colle à la Casamance ? C’est que depuis vingt ans tout n’est pas rose. L’image idyllique de la région a été brisée par trois faits marquants : la «disparition» de quatre français, l’attaque des pêcheurs du Cap Skirring par les indépendantistes et la répression sanglante de l’armée sénégalaise qui depuis dix ans, malgré les remontrances du FIDH et d’Amnesty International, a détruit la plupart des villages du Sud Kassa et massacré des centaines de civils.

L'Abbé Diamacoune et Sidy BadgiD’après la presse sénégalaise, les soit-disant «rebelles» ne seraient plus que quelques dizaines qui n’œuvrent plus pour une quelconque idée politique mais par pur esprit de piraterie. Quelques rares embuscades tueraient quelques militaires sénégalais mais c’est surtout chez la population civile qu’ils entretiendraient la peur grâce à des pillages réguliers de petits villages forestiers et à des barrages sur les routes. La vérité est malheureusement toute autre. La terreur, c’est le plus souvent les militaires sénégalais qui l’entretiennent. Pour eux, tout casamançais est un rebelle potentiel. Ils n’hésitent pas à mitrailler tout ce qui bouge en plein milieu d’un village lorsqu’ils pensent qu’il y a un rebelle dans la population. Les tristes exemples des villages martyrs d’Effok ou de Youtou ou plus récemment celui des pilonnages des environs de Diouloulou début 2002 illustrent parfaitement ces graves crimes perpétrés par l’armée sénégalaise. Lorsqu’ils bombardent un village, ils savent très bien qu’il y a des civils à l’intérieur. Photo à droite : Diamacoune et Sidy Badgi, chef d'Atika, les hommes de la forêt. Photo ci-dessous, un jeune indépendantiste kabroussois du maquis.
L’esprit d’émancipation d’une grande majorité de Casamançais est toujours présent et la plupart des Diolas sont aujourd’hui indépendantistes même s’ils ne disent pas ouvertement, craignant des représailles qui ne manqueraient pas d’arriver. Depuis des années, le peuple casamançais est rabaissé par les gens du Nord qui pourtant auraient beaucoup à apprendre. Mais lorsque la diaspora Casamançaises rentre au village pour expliquer ce qu’est la Casamance, les Casamançais reprennent confiance. N’est-ce pas compréhensible ? La Casamance est enclavée entre la Gambie et la Guinée-Bissau. Le gouvernement ne fait pas grand-chose pour que cette enclave se sente avant tout sénégalaise. Deux bateaux inconfortables par semaine reliaient Ziguinchor à Dakar : 16 heures de navigation ! Un catamaran hors de prix pour le modeste casamançais a été mis en service par une compagnie privée. En juillet 2002, ces deux bateaux n'existent plus et seul l'Omega qui est avant tout un petit navire de Fret fait encore la liaison. Un petit effort à été fait sur le plan routier en 1997 avec la réfection de la route Dakar-Ziguinchor mais avouons-le , ça ne suffit pas. La Casamance est de loin la région potentiellement la plus riche du pays : tourisme, agriculture, pêche, commerce avec la Gambie et la Guinée-Bissau... C’est pourtant ici Les combattants de l'Atika, pour une Casamance libre er indépendante.que les investissement de l’État sont les moins importants. La Casamance pourrait nourrir le pays mais les paysans ne veulent pas travailler pour rien : - les denrées périssables (fruits, légumes, poissons...) du fait de la lenteur et du faible nombre de transports en commun ne peuvent arriver dans de bonnes condition à Dakar. De plus à quoi bon gagner de l’argent avec la culture puisqu’ils ne peuvent rien acheter de plus. En effet, ils s’autosuffisent alimentairement et tout achat de biens de consommations leur est superflu puisqu’ils n’ont pas accès à l’électricité au téléphone ou à l’eau courante ! De plus, le riz a un cours fixé par le gouvernement et ce cours couvre à peine les frais de culture. Le riz importé de Thaïlande coûte ainsi moins cher ! Les casamançais réclament donc d’urgence de gros investissements d’infrastructure leur permettant de moderniser leur région. C’est à ce prix que le mouvement indépendantiste cessera d’exister. Mais ce n’est pas tout. Les différences religieuses et ethniques sont aussi une partie du problème. Longtemps la totalité des fonctionnaires exerçant en Casamance étaient du Nord du Sénégal. Ces agents de l’État ne parlaient donc pas un mot de Casamançais et de nombreuses tensions sont apparues. Comment un pauvre paysan ne parlant pas le français ni le Wolof pouvait il expliquer au postier dakarois qu’il voulait envoyer une lettre recommandée ? Aujourd’hui le pourcentage de Diolas dans l’administration a augmenté mais ce n’est pas encore assez. Durant ces années d’hégémonie wolof, les «nordiques» ont essayé d’imposer leur langue, leur mode de vie et leur religion. Grâce à l’argent de ces fonctionnaires de nombreuses mosquées ont vu le jour principalement à Ziguinchor. Ces mosquées avec des haut-parleurs réveillant tout les quartiers à 4h00 du matin ont déplu à juste titre cette majorité catholique ou animiste casamançaise. C’est cette situation de calme relatif ou la paix règne tant bien que mal mais où à vrai dire une simple étincelle pourrait réveiller la masse casamançaise méprisée par les sénégalais du nord, qui fait de cette région le problème n°1 du pays. Pour remettre tous ces problèmes dans un contexte chronologique, tous ces évènements ont commencé en 1983, alors quelques gendarmes très peu futés ont jugé bon de faire irruption dans un bois sacré durant un cérémonie rituelle. La plupart de ces gendarmes ont été découpés en morceaux (ce qui admettez-le est tout à fait normal...). Quelques jours plus tard les étudiants casamançais de Ziguinchor ont manifesté contre ces intrusions de la police dans des fêtes rituelles diolas. Durant cette manifestation un jeune étudiant sera tué. C’est le début des gros pépins. Un cortège formés de centaines de Diolas armés de sagaies, de coupes-coupes et de fusils et mené par des femmes nues se rend à la gouvernance de Ziguinchor. L’armée arrive immédiatement et le massacre commence. 30 morts d’après le gouvernement. Près de 400 selon la plupart des observateurs. A chacun d’accepter ses responsabilités. Celle-ci revient à Abdou Diouf... Les derniers massacres de 2000 à 2002 reviennent au vieux président-talibé Abdoulaye Wade Sesse Seko.

Disparus de Casamance  L’histoire des quatre français «disparus» en Casamance : Au début de l’année 1995 disparaissaient quatre Français en Casamance. On en a beaucoup entendu parler en France et le déroulement de l’enquête a été rapporté par la presse française. De nombreuses hypothèses policières ont été relayées par les médias . Voici quelques détails sur cette histoire à dormir debout. Prévenues par la famille des quatre disparus, les autorités diplomatiques françaises ont informé le ministère de l’intérieur sénégalais qui a commencé à rechercher sans grande conviction la trace des nos touristes. Après une courte enquête, l’hôtel où ils avaient séjourné en dernier fût retrouvé. Il s’avéra que les deux couples disparus devaient simplement faire une excursion dans la région d’Oussouye et revenir le soir même. Ainsi, leurs bagages étaient toujours dans leurs chambres. Sérieusement inquiétes, les familles se rendent sur place et les autorités consulaires et diplomatiques sont en effervescence. Les officiers supérieurs de l’armée française présents au Sénégal ainsi que des policiers français appuyés par la prévôté gauloise de Dakar commencent chacun à leur niveau une enquête qui les conduira outre la Casamance, en Guinée-Bissau et en Gambie ... Au bout de quelques longs jours, le véhicule 4x4 loué par nos touristes est retrouvé camouflé dans le Parc National de Basse-Casamance. A l’intérieur, aucune trace des disparus sinon un doigt retrouvé dans le cendrier qui s’avérera être le doigt d’une des disparues... Tout commence à se compliquer puisqu’on ne voit pas pourquoi les indépendantistes auraient pu enlever ou tuer quatre étrangers. Le parc pourtant recouvert par la forêt la plus dense du pays est fouillé de fond en comble et les casamançais questionnés et harcelés chaque jour. A défaut de Français cette fouille aura permis de retrouver dans le bois sacré d’Efok, village martyr de la Casamance, une clairière recouverte de crânes révélant ainsi des rites animistes que le pouvoir islamo-mouridique a bien évidemment condamné. Les recherches sont alors orientées vers les villages et au mépris de toute convenance et de toutes les traditions diolas les soldats exhument tous les cadavres fraîchement enterrés pour y retrouver la trace d’un Blanc. Après l’espoir déçu d’un corps retrouvé, c’est le calme plat pendant plusieurs jours. L’enquête est ensuite orientée vers la Guinée-Bissau où les indépendantistes se réfugient après leurs actions coup-de-poing. Mais les autorités guinéennes malgré leur bonne volonté verbale soutiennent plus ou moins la cause casamançaise du fait d’amitiés communautaires et historiques et ne montrent pas de réel enthousiasme dans la recherche. Ainsi, la fin officielle de l’enquête et sa médiatisation se terminent sans disparus retrouvés et un doigt appartenant semble-t-il à une française. Les casamançais sont discrets de nature et on peut comprendre leur silence lorsqu’ils furent questionnés par la police et les militaires. En effet, ils ne sont pas de nature à donner des informations de ce genre à des étrangers et encore moins à des soldats. De nombreux hommes et femmes et parfois même des gosses ont été torturés (parfois jusqu’à la mort) et incarcérés pour le seul crime d’appartenir à une famille, ou d’habiter un quartier supposé «rebelle». Au bout d’un an et demi beaucoup de langues ont commencé à se délier et on a entendu toutes sortes de chose qu’il faut considérer avec précaution. En effet, selon des pêcheurs, la veille de la présumée disparition un bateau de plaisance aurait accosté de nuit sur une plage déserte légèrement au Sud de Cap Skiring et aurait débarqué plusieurs caisses de grande taille avant de repartir... Cela a t’il un rapport ? Un rebelle arrêté récemment par la police sénégalaise a révélé d’ailleurs en juin 1997 que les deux Françaises seraient retenues dans un camp rebelle à la frontière casamançaise de la Guinée-Bissau. Une d’elle aurait d’ailleurs accouché récemment d’un enfant... Il est difficile dans toute cette affaire de différencier le vrai du faux. Le fait est qu’aujourd’hui l’enquête est au point mort et les militaires français servant à Dakar, les personnels diplomatiques, administratifs et consulaires ainsi que leurs familles sont interdits de séjour en Casamance, en Gambie et en Guinée-Bissau.

  La page sur l’Abbé Augustin Diamacoune Senghor, leader du MFDC et homme de paix

Massacre de civils en Casamance par l'armée sénégalaise  La page de la Jeunesse Internationale et Indépendante de Casamance (J.I.C) : 115 Prisonniers Politiques Casamançais croupissent dans les geôles sénégalaises. Des centaines de «disparus», parfois des femmes âgées, souvent des gosses sont pleurés par leur famille. L’armée Sénégalaise d’occupation de la Casamance massacre, déporte, exile des milliers de Casamançais. Écoutez une voie autre que celle officielle des médias bien-pensant du Sénégal. En consultant ce site un sentiment de révolte doit naître. Triste relent d’un Kosovo africain pour qui l’on ne fait rien. Mais les Casamançais sont fort et auront l’avenir qu'ils méritent.
http://members.tripod.com/casamance/premiere.htm

  Voir l’article en anglais d’Amnesty International sur la Casamance

&  Histoire de la Casamance : Conquête et résistance 1850-1920 de Christian Roche. Un tableau des grands événements qui ont marqué l'histoire de cette région du sud du Sénégal au siècle dernier. Cet ouvrage permet de comprendre d'une part les relations entre des populations très diverses et d'autre part leurs réactions à l'égard des Européens.
&  La terreur en Casamance : le rapport d’Amnesty International 
&  Trois Manifestes pour la paix en Casamance de Jean-Marie Biagui 
&  De l’indépendance de la Casamance en Question de Jean-Marie Biagui
&  L’administration et le paysan en Casamance de Dominique Darbon