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Saison meurtrière en Casamance

Rebelles du MFDC fait prisonniers en CasamanceC'est une habitude. Chaque année la Casamance renoue avec la violence, les morts et les mutilés. Cette année 2011 confirme hélas le tournant déjà pris l'année dernière : ce n'est plus seulement durant la basse-saison touristique dite "saisie des pluies" qu'indépendantistes et soldats sénégalais s'affrontent. C'est au contraire au beau milieu de la haute-saison que les morts s'accumulent à quelques kilomètres des hôtels du Cap Skirring et de Ziguinchor. Balles perdues, mines antichars à nouveau dispersées dans la nature, embuscades meurtrières contre l'armée, assassinats ciblés, empoisonnements, coupures de route fatales, etc... : rien n'est épargné cette année.

La tendance 2010 s'avère donc confirmée en 2011 et tous les ingrédients sont présents pour que cela s'aggrave : misère, trafic d'armes et de drogue, insécurité en hausse dans toute l'Afrique de l'Ouest avec des renversements de régimes dans la zone tropicale et des prises d'otages dans la zone sahélienne sous la menace permanente des terroristes d'AMQI.

Au cours de la présente saison touristique qui est en passe de s'achever, plusieurs "incidents" gravissimes relevant tout bonnement d'actes de guerre on fait de nombreuses victimes (voir ci-dessous une carte non exhaustive de quelques évènement de ces 48 derniers mois).

Comme le disait en mai dernier Thierno Lô, le sinistre du tourisme du moment (les sinistres du tourisme changent chaque année au Sénégal) "’tourisme rime souvent avec tous risques". Cette curieuse déclaration était suivie d'un constat de choix pour défendre la destination Casamance : "Il y a des gens qui vont aller en Afghanistan, ne serait-ce que pour savoir comment ça se passe". C'est vrai après tout. Si des débulbés vont en Afghanistan pourquoi ne pas aller en Casamance. Des ministres du tourisme comme ça, on en redemande.

Pour éviter que l'on nous accuse encore de saboter le tourisme en Casamance, nous avons attendu la fin de la saison pour faire ce point sur la sécurité dans la région. Mais comme à chaque fois que quelqu'un fait état des barbaries commises à quelques kilomètres des plages où Georgette et Marcel trempent leur maillot, on nous taxera de surmédiatisation d'évènements bénins. Les familles des soldats, des indépendantistes et des civils décédés apprécieront. C'est un peu le syndrome des dents de la mer où le brave édile du village d'Amity ne veut pas que le garde-côte affole les touristes en leur parlant d'un danger imminent. C'est pas bon pour le commerce... Et pendant ce temps là des gens meurent et les touristes sont véritablement mis en danger. Pour la Casamance, le danger c'est une balle perdue, une roquette sur un hôtel ou une mine antichar sous le pneu du Land Rover de l'excursion.

Préparation à la batatille près d'Oussouye en CasamanceMais le discours de ceux qui ont un intérêt financier dans le tourisme en Casamance n'est pas le plus ahurissant. C'est celui de quelques touristes habitués qui est le plus déplorable. Chaque année nous avons droit en effet à des "ça fait 20 ans que je viens au Cap Skirring et il ne m'est rien arrivé". Ou des "J'ai passé 15 jours formidables et n'ai pas entendu un seul coup de feu, tout va bien en Casamance"... Hé bien oui messieurs dames. En effet, tous les touristes qui vont en Casamance ou même au Niger ne sont pas assassinés. Merci pour le scoop. Ca n'enlève rien au danger. Comme toujours, il faudra attendre qu'un groupe d'inconscients passe entre les balles qui sifflent pour que les tour opérateurs et les autorités arrêtent les frais. Mais les faits sont là : dans une zone de 30km de diamètre autour du Cap Skirring et de Ziguinchor, les armes parlent entre les indépendantistes, l'armée régulière et les civils. Des gens meurent (près d'une cinquantaine de morts depuis le début de l'année, civils, rebelles et militaires sénégalais compris, ces derniers comptant déjà une vingtaine de victimes dans leurs rangs). Et on ne parle pas des mutilés à vie tombés sur des mines.

Insécurité dans les zones touristiques de CasamancePourquoi la situation ne s'améliorera pas ? Tout d'abord parce que la Guinée-Bissau, dont la frontière est située entre autres au Cap Skirring, est le lieu de transit d'une énorme partie de la cocaïne sud-américaine à destination de l'Europe. Chaque année plus que la précédente, le nombre de saisies de poudre blanche dans l'anus d'Africains sur les routes du Sénégal augmente inlassablement. Cette cocaïne prendra ensuite l'avion à Dakar direction Paris ou Bruxelles. Entre temps elle aura financé l'achat d'armes en Casamance et elle aura été un peu sniffée par quelques combattants rebelles pour se donner du coeur à l'ouvrage.

En plus de la cocaïne qui transite dans la région, la production locale de cannabis est au beau-fixe en Casamance. Destinée à la consommation nationale (à Dakar en particulier), le cannabis est lui aussi responsable de l'accroissement inéxorable de la violence au sud du Sénégal. Des îles entières sont occupées à sa production et sont protégées par des rebelles en armes prêt à en découdre avec les pauvres gendarmes débiles qui auraient le malheur de visiter le coin. Cette production et ce commerce de cannabis permet aux éléments armés de récolter des fonds pour vivre et faire vivre la famille... et au passage pour acheter des kalachnikovs dans les républiques bananières environnantes.

Ensuite, le rôle de la Gambie dans l'instabilité de la zone s'accroit sans cesse. En plus de servir de base de retraite aux combattants du MFDC, la petite république bananière enclavée dans le Sénégal leur livre désormais des armes neuves et performantes. C'est l'origine de la rupture des relations diplomatiques entre l'Iran et le Sénégal en janvier lorsque les autorités sénégalaises ont découvert que le Mammouth (Ahmadinejad) avait vendu des armes aux rebelles casamançais en les faisant transiter par la Gambie.

Ces armes s'ajoutent à celles parties dans la nature avec les coups d'états dans les pays frontaliers de la Casamance (Guinée Bissau et Guinée Conakry). De plus, les mines antichars et antipersonnel qui commençaient petit à petit à être éliminées recommencent à être semées un peu partout (au moins 3 convois militaires ont sauté sur des mines en Casamance depuis le début de l'année).

Rebelle armé en CasamanceOn le voit bien, avec l'instalibilité croissante dans toute la zone, avec l'accroissement des trafics qui en découlent et l'augmentation des revenus générés par la drogue, la situation en Casamance ne peut pas s'améliorer. Elle empire sans cesse depuis 5 ans et cette année 2011 marque un palier supplémentaire. Si les touristes assassinés ces 2 dernières années l'ont été de manière discrète (retrouvés pourrissant au fond d'un puit ou mortibus sous un pont de Ziguinchor par exemple), à la moindre balle perdue, à la moindre attaque sur un hôtel, c'est toute la Casmaance qui sera blacklistée pour 5 ans. Dans le même temps, les populations jeunes sont exaspérées et la moindre étincelle peut déclencher un soulèvement populaire violent.

Dans cette perspective noire, tout investissement dans le domaine du tourisme relève de l'opération humanitaire et pas du bon plan financier. N'en déplaise à ceux qui, comme nous, apprécions tant la Casamance.

Tout séjour familial est également à bannir. Sauf à vouloir faire la une de TF1 dans un avion affrété par l'état Français au frais du contribuable pour rapatrier les idiots irresponsables qui sont partis se faire bronzer au milieu des balles qui sifflent. Là encore si les Tour Opérateurs étaient responsables financièrement de toutes les conséquences de la violence en Casamance, ils y réfléchiraient à deux fois avant de vendre leurs séjours à Georgette et Marcel.

Pour info : les assurances voyages, pour ceux qui prennent la peine de lire les contrats, ne couvrent en aucun cas les sinistres et rapatriement résultant de mouvements armés et de guerres civiles...

Cliquez sur les icônes de la carte pour voir le détail de l'évènement.
: braquage de population
: actes de guerres se soldant par des morts et/ou des blessés
: bombardements ou roquettes


>>> Afficher Carte de l'insécurité en Casamance 2011 sur une carte plus grande
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Your comments about the content of this page
  • posted on 11/07/2011 - 13:07 by pdp
    Enfin un article sensé qui pose un vrai regard sur ce conflit qui n'a plus aucune réalité politique (en a t il jamais eu une?). Hé oui, drogues/armes/ bois précieux/argent sale sont les vrais moteurs de ces attaques. Il faut un désenclavement le plus rapidement possible pour permettre un essor économique:unique solution pour stopper l'hémorragie, quant à un arrêt définitif??? J'aime cette région mais chaque séjour a ses moments d'angoisse.
  • posted on 24/06/2011 - 11:06 by oyster
    ce qui revient à dire que le gouvernement du senegal souhaite l'indépendance de la casamance? je ne le crois pas ,mais qui peut dire l'évolution de ce gachis ?
  • posted on 19/06/2011 - 18:06 by Apursetap
    Après avoir échangé avec mon Suisse qui connaît la Casamance depuis 30 ans, la question qui se pose ; L'Etat Sénégalais n'a t-il pas quelque intérêt à ce que la Casamance soit montré du doigt ?
  • posted on 16/06/2011 - 14:06 by martin luther king
    Marlene je te conseille d'acheter une sur la petite côte c plus sûr
  • posted on 13/06/2011 - 20:06 by APURSETAP
    Et dire qu'il y a quelques jours un habitué de la Casamance qui récolte de l'argent pour la réfection d'un hôpital m'a dit qu'il n'y avait plus la guerre en Casamance...faut dire qu'il vit en Suisse et travaille dans la branche du tourisme...c'est peut-être pour cela...Je vais quand même lui envoyer cette page d'information...
  • posted on 11/06/2011 - 18:06 by oyster
    Pourquoi prendre des risques ,et,devenir des otages !... .
  • posted on 08/06/2011 - 18:06 by Malick Rokhy BA
    Le conflit "oublié" de Casamance (30 ans), apparu en 1982, peine à trouver une solution après avoir ruiné l'économie de cette région du sud du Sénégal et fait des milliers de morts, malgré plusieurs accords de paix entre Dakar et la rébellion, signés et aussitôt caducs. "Tout le monde est fatigué de ce conflit. Il y a un manque de volonté politique pour le résoudre. Certains, qui sont impliqués dans les négociations, s'en servent pour faire fortune ou comme tremplin politique", affirme un médiateur entre le gouvernement sénégalais et le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC, rébellion indépendantiste). La Casamance, séparée du nord du Sénégal par la Gambie, a connu ces derniers mois une recrudescence des violences, avec des affrontements entre l'armée et les rebelles. Le conflit a fait des milliers de victimes civiles et militaires depuis 1982, mais aucun bilan précis n'est disponible. "Nous avons perdu plus d'une dizaine d'hommes depuis décembre", reconnaît une source militaire à Ziguinchor. Tout commence le 26 décembre 1982 dans cette ville, la principale de Casamance, par une répression d'une manifestation du MFDC qui fait des morts. Quelques jours plus tard, des éléments du MFDC créent "Atika", la branche armée du mouvement rebelle. Le MFDC dénonce la "confiscation des terres des autochtones au profit de populations du nord du Sénégal et d'hôteliers, les brimades de l'administration sénégalaise et le mépris culturel" contre les Casamançais. "On est aujourd'hui dans une situation de ni guerre, ni paix, malgré la volonté de paix affichée par les parties belligérantes", affirme Ibrahima Kâ, un responsable d'ONG à Ziguinchor. "C'est l'accalmie depuis deux mois. L'armée a renforcé sa présence" près de la frontière gambienne où la plupart des attaques ont eu lieu depuis décembre, note un responsable militaire à Ziguinchor. Dakar a rompu en février ses relations diplomatiques avec l'Iran qu'il a accusé d'avoir livré des armes aux rebelles indépendantistes. Le gouvernement sénégalais et le MFDC disent aujourd'hui être disposés à des négociations de paix. Les dernières se sont tenues à Foundiougne (centre du Sénégal) en février 2005, après des accords de paix signés notamment en 1991 à Cacheu (Guinée-Bissau) et à Ziguinchor en décembre 2004. Des assises internes pour réunifier une rébellion divisée en plusieurs factions civiles et militaires ont été plusieurs fois annoncées et repoussées. Les divisions du mouvement qui se sont amplifiées depuis la mort en décembre 2007 de son leader historique, l'abbé Diamacoune Senghor, rendent d'autant plus difficiles ces négociations, selon les observateurs. "Le marasme économique est général. La crise a découragé beaucoup d'investisseurs", affirme Pascal Ehemba, président de la chambre de commerce de Ziguinchor. "Le taux de remplissage des hôtels dans la région de Ziguinchor est de 15 à 20%", selon M. Ehemba. Le tourisme, une des principales activités, souffre aussi de l'enclavement de la région qui s'est accentué depuis l'arrêt en avril 2009 d'Air Sénégal International (ASI), qui était une propriété de l'Etat du Sénégal et de la Royal Air Maroc (RAM). Les mines antipersonnel, qui ont officiellement fait 776 victimes depuis le début du conflit, empêchent les agriculteurs d'aller dans les rizières et vergers de cette région dotée de fortes potentialités productives. Des milliers de personnes fuyant la guerre se sont réfugiées en Guinée-Bissau et en Gambie. Des milliers d'autres se sont déplacées. "En 30 ans, on a fait du surplace. L'armée n'a pas été vaincue et n'a pas vaincu le MFDC", résume Oumar Diatta, auteur d'un livre sur le conflit casamançais.
  • posted on 05/06/2011 - 01:06 by VIOLAINE
    Doit on laisser la Casamance a son triste sort. Ou sont l'espérance la foi en un monde meilleur? Le 21 février 2010 une journée de la paix était organisé à Ziguinchor. Y en aura-il une en 2012? . Je voulais y aller. Maintenant je ne sais plus . Vous avez raison de vouloir nous ouvrir les yeux sur les dangers mais cela ne veut pas dire renoncer et laisser la région seulement à la violence. bon courage.
  • posted on 07/04/2011 - 20:04 by levoyageur
    L'ennui dans ce monde, c'est que les idiots sont sûrs d'eux et les gens sensés pleins de doutes. Bertrand Russel vous semblez bien sûr de vous
  • posted on 27/03/2011 - 10:03 by oyster
    Au moins ,avec franchise on peut comprendre pourquoi la petite guerre peut continuer ! Je ne vois pas la solution ,et, j'ignorais ce traffic qui produit le nerf de la guerre. Référendum ?
  • posted on 16/03/2011 - 08:03 by marlene
    inquietant votre article, je veux acheter une maison a cap skirring pour y vivre vous pensezvraiment qu'il ne faut pas y aller!!!!!
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    Tourisme au Sénégal