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(un article d'Oumar DIOUF pour le Soleil)
Tout
le monde, ou presque, connaît le Centre Culturel Blaise Senghor. Mais peu de gens
peuvent dire exactement qui est le parrain de cette structure située sur le boulevard
Dial Diop, juste en face du lycée Blaise Diagne. Pourtant, la bâtisse porte le
nom d'un intellectuel sénégalais qui a mené d'intenses activités durant sa courte
vie. Né le 30 mai 1932, il est décédé le 6 octobre 1976. Il avait juste 44 ans.
Mais sa carrière a été riche : réalisateur, assistant metteur en scène, conseiller
technique au ministère de l'Information et à l'ambassadeur du Sénégal à Paris.
Il a également été ambassadeur délégué permanent du Sénégal auprès de l'UNESCO,
vice-président du Conseil exécutif de l'UNESCO et a plusieurs fois représenté
son pays à des conférences et festivals internationaux. Au moment où le centre
culturel qui porte son nom organise six journées consacrées à sa vie et à son
œuvre, nous avons rencontré, mercredi dernier dans l'île mémoire de Gorée, son
épouse Michelle Guittet Senghor. Elle nous retrace l'itinéraire de son époux avec
qui elle a eu deux enfants : Richard Wagane et Valérie Dior.
Depuis le baptême qui donnait, en 1976, le nom de Blaise Senghor
au Centre Culturel du boulevard Dial Diop, on ne se souvient pas avoir consacré
des journées dédiées au parrain de cette structure, véritable rendez-vous de diverses
manifestations nationales. Une lacune que la direction a voulu combler, en consacrant
six jours d’activités culturelles appelées “ Premières journées du parrain ”.
Un moment intense de commémoration et de souvenir de ce fils de Joal longtemps
ambassadeur permanent du Sénégal à l’UNESCO, à Paris. Son épouse, Michelle Senghor,
présente à Dakar pour l’occasion, se souvient de l’activité de son mari au sein
de l’organisation onusienne : “ je suis très étonnée que l’on connaît tant le
nom de mon mari à travers le centre culturel. Cela me fait plaisir de venir assister
à cet événement. C’est un plaisir aussi pour mes enfants… ”, nous confie-t-elle.
Nous l'avons rencontrée mercredi dernier à l'île de Gorée.
Né à Joal le 30 mai 1932, Blaise Wali Antoine Marie Senghor,
après des études secondaires au lycée Van Vollen Hoven, rejoint Paris pour y terminer
ses études. Il y décrocha une licence en Lettres, un DES de langue et de littérature
classique (option philosophie) et d'un diplôme de réalisation, production et régie
cinéma. Son épouse Michelle Guittet, une Française rencontrée en 1959 à la Cité
universitaire de la capitale française, terminait, elle aussi, ses études en Arts
décoratifs. “ Blaise était cette année-là à l’IDEC, l’Ecole de cinéma de Paris.
Chaque dimanche, on allait danser à la Cité universitaire. C'est là-bas où nous
nous sommes… ”, se souvient-elle. Le mariage est célébré en 1961. Puis, ce fut
la découverte du Sénégal, la même année, pour Michelle Guittet devenue madame
Senghor. Son époux, Blaise Senghor, en sa qualité de producteur délégué du film
“ Liberté 1 ” tourné avec le cinéaste Yves Ciampi, a séjourné pour trois mois
dans son pays natal en compagnie de sa femme. Elle fait alors la connaissance
de sa belle-famille, dont Hélène Senghor, mère de Blaise Senghor. A son retour
en France, ce dernier fut victime d’une hémorragie cérébrale et se voyait contraint
de s’éloigner des plateaux de tournage. Entre-temps, il avait quand même réussi
à réaliser des documentaires comme “ Le grand Magal de Touba ”. Ce film sera d'ailleurs
diffusé ce mercredi 30 mai, anniversaire de la naissance de Blaise Senghor (à
16h), au Centre culturel qui porte son nom depuis 1976.
Parmi les prix remportés par ses documentaires, son épouse rappelle
l’Ours d’argent reçu au Festival de Berlin. “ Après son attaque cérébrale et le
diagnostic des médecins, il ne pouvait plus faire de film. Alors son intérêt pour
l’art et le cinéma, il l’a tourné vers ses activités au niveau du bureau de l’ambassade
du Sénégal à Paris. Ensuite Blaise fut très actif à l’UNESCO. Il lui arrivait
souvent d’aller à Genève, à l’ONU, dans le cadre de ses activités ”, se souvient
aujourd’hui son épouse. A côté de sa fonction, Blaise Senghor avait aussi monté
une société de production de cinéma. C’est après sa mort, le 6 octobre 1976, que
le Centre culturel du boulevard Dial Diop reçut le nom de ce jeune intellectuel
passionné de culture et disparu très tôt. Bien que présente à l’inhumation de
son mari à Joal, Michelle Senghor n’était pas témoin du baptême du Centre culturel.
A l’occasion des premières journées dédiées au parrain, elle s'est rendue pour
la première fois, hier matin, dans ce lieu qui immortalise le nom de son époux.
Rencontrée à Gorée dans la maison acquise par Blaise Senghor,
elle garde encore en souvenir les premières rencontres avec sa belle-famille.
Elle passait souvent ses vacances de Noël à Dakar, accompagnée de son fils Richard
Wagane et de sa fille Valérie Dior, chez la sœur de Blaise Senghor. Aujourd'hui,
ses enfants vivent et travaillent à Paris. “ Ma fille était jeune à l’époque et
ne connaît pratiquement son père qu’à travers les photos et ce que je lui raconte.
Ensemble, nous avons séjourné en 1990 et 1991 à Gorée. Actuellement, nous faisons
réparer la maison… ”, poursuit Michelle Senghor. Cette demeure appartenait à la
grand-mère de Blaise Senghor, une Goréenne.
OMAR DIOUF
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