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BISSAU, 20 avr (AFP) - Ils sont près
de 4.000 Bissau-Guinéens d'ethnie balante à être entrés
cette année dans "le bois sacré", d'où ils
ne devraient ressortir qu'après deux mois, une fois
terminée l'ultime phase des rites initiatiques qui
leur ouvriront les portes de la maturité et de la
sagesse.
En dépit de l'implantation de l'islam et du christianisme,
les Balantes, majoritaires en Guinée-Bissau où ils représentent
près de 40% de la population, ont gardé leurs traditions
païennes, qui régulent chaque étape de la vie de l'individu.
Cette année, les futurs sages ont eu
la prestigieuse bénédiction d'un des leurs, le président
Kumba Yala, lui-même d'ethnie balante et initié. En
prélude aux festivités qui accompagnent les rites,
il s'était rendu le 25 mars dans son village natal,
près de Bula, à 25 km au nord de Bissau pour, symboliquement,
"donner le coup d'envoi" des cérémonies.
L'ultime étape des rites initiatiques,
appelée fanado, a lieu dans une dizaine de villages
du nord du pays. Villageois et citadins reviennent
pour la circonstance s'abreuver à la source des traditions,
mais aussi pour faire la fête.
Car si les futurs initiés n'ont affaire
qu'aux anciens et aux féticheurs qui les accompagnent
à l'intérieur du "bois sacré", les fêtes
organisées chaque soir en leur honneur et jusqu'à
leur sortie du bois attirent beaucoup de monde.
On mange, on boit et on danse, tandis
que les futurs initiés, âgés de 40 à 60 ans, subissent
loin des regards les épreuves d'endurance qui feront
d'eux des sages aux yeux de la communauté.
"Le fanado est l'ultime marche
de la hiérarchie sociale. Il se prépare pendant plusieurs
années. Une fois sorti, l'initié est un homme mûr,
capable de prendre en charge d'autres personnes dans
le clan", explique Joao Tamba, journaliste à
la radio nationale bissau-guinéenne.
Ce "fanado" est précédé de
plusieurs autres rites échelonnés dans la vie de l'individu
entre 15 et 40 ans. Chaque tranche de vie, de l'enfance
à l'âge adulte, est ainsi régulée par des cultes initiatiques
qui marquent l'entrée dans une nouvelle catégorie
sociale.
De la prime enfance jusqu'à 15 ans,
l'enfant appartient à la classe des "nwatch".
La nudité, hormis un simple cache-sexe, est permise
et l'enfant côtoie sa mère pour l'aider dans des tâches
plutôt domestiques.
Puis il entre chez les "fuur"
vers 18-20 ans, ensuite chez les Nghaye, aux alentours
de 25 ans. Vers 30 ans, après les rites des "Kgness",
il sera autorisé à prendre femme.
Le jeune Balante commence à devenir
propriétaire terrien et à assumer des responsabilités
familiales sous le regard bienveillant de l'oncle
maternel, dans une société essentiellement matrilinéaire,
explique Nfona Natchuva, membre du conseil des anciens
du village de Nhacra, à une trentaine de km de Bissau.
S'ouvrent alors vers la quarantaine
les portes des "Blufo Ndang" (non circoncis),
puis celles du fanado.
Avant d'aborder cette ultime étape,
tenant une queue de vache à la main, habillé d'une
chemisette et d'un pantalon bouffant, le futur initié
informe ses oncles maternels. Il est prêt pour les
circoncisions.
Arrive le jour J. Sous le regard des
siens, il pénètre dans la brousse, accompagné d'un
féticheur. Là-bas, les épreuves sont dures, au point
que certains y laissent leur vie. Des morts attribuées
aux sorciers mangeurs d'âmes. Plus tard, les plus
vaillants en ressortiront chantant leur bravoure sous
les vivats de la famille et des amis.
La joie éclate. L'initié peut enfiler
son bonnet rouge vif, il est devenu Lante Ndang (le
brave-sage). La fête peut commencer pour lui.
Demain, il sera autorisé à siéger au conseil des anciens
qui gère la vie du village.
Voir
la page sur l'architecture traditionnelle au Sénégal.
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